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Il est rond, crémeux, couvert d’un duvet blanc et porte un nom qui sent davantage la campagne condruzienne que les vitrines d’une épicerie parisienne. Le Calendroz, produit par la Fromagerie du Gros Chêne à Méan, a été élu Fromage de l’Année 2026. Une distinction officielle qui pourrait lui donner la grosse tête. Heureusement, un camembert wallon n’en possède pas.
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L’affaire s’est jouée à Namur. Cent fromages, 38 producteurs, huit catégories et un jury composé notamment de crémiers, restaurateurs, formateurs et gastronomes. Les produits sont dégustés à l’aveugle et notés principalement sur le goût, mais aussi sur le nez, la texture, l’aspect et la présentation. Le Calendroz décroche l’or dans la catégorie des pâtes molles à croûte fleurie avant d’être choisi parmi les huit médaillés d’or pour devenir Fromage de l’Année.
Sur le papier, l’histoire pourrait s’arrêter là. Une médaille, une photo, quelques applaudissements et retour au frigo. Mais le Calendroz raconte quelque chose de plus intéressant : la maturité nouvelle de la fromagerie wallonne.
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Car ne tournons pas autour du plateau : le Calendroz appartient clairement à la famille des camemberts. C’est une pâte molle à croûte fleurie élaborée au lait cru. Sa personnalité vient précisément de ce lait, de son environnement microbien et du travail d’affinage réalisé à Méan. Daniel Cloots le résume joliment : chaque fromagerie travaillant au lait cru possède son propre environnement de bactéries et de micro-organismes. Le Calendroz est donc un cousin du camembert qui aurait déménagé dans le Condroz et fini par prendre l’accent du village.
Jeune, il joue encore la carte lactée. En avançant dans son affinage, la pâte s’assouplit, devient plus fondante et les arômes prennent du coffre. L’Apaq-W souligne justement cette capacité à rester intéressant aux différents stades de sa maturation.
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C’est probablement là que le storytelling devient intéressant. Daniel Cloots ne débarque pas hier matin avec trois moules, deux ferments et un joli logo. Il raconte avoir commencé il y a environ 45 ans avec du fromage frais de chèvre vendu notamment sur les marchés. Les clients en redemandent, mais réclament aussi autre chose. Alors il expérimente. Chèvre, vache, brebis : la gamme s’élargit et le métier se construit avec elle.
Aujourd’hui, la Fromagerie du Gros Chêne, portée par Daniel Cloots et Julien Brousse, place d’ailleurs plusieurs produits au palmarès : le Calendroz, mais aussi La mère Michèle et Pierre & Pôtre décrochent l’or, tandis que le Randonneur obtient l’argent.
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Faut-il pour autant proclamer que le Calendroz est objectivement « le meilleur fromage de Wallonie » ? Restons gastronomiquement raisonnables. Comparer un bleu de caractère, une pâte pressée de longue garde et un Calendroz revient un peu à organiser une course entre un tracteur, une Porsche et un cheval ardennais.
Le titre récompense un fromage dans le cadre précis d’un concours. Mais il révèle surtout une tendance plus profonde : avec quelque 175 producteurs et plus de 700 références, la Wallonie possède désormais une véritable filière fromagère.
Et le Calendroz en est un formidable ambassadeur. Non parce qu’il cherche à réinventer le fromage, mais parce qu’il fait exactement l’inverse : prendre une grande tradition fromagère, l’installer dans un terroir wallon et lui laisser raconter sa propre histoire.